Qu’est-ce que l’Argent? Partie 1 : l’orfèvre devenu banquier

Dans la vie, il y a deux grands mystères, l’amour et l’argent. Sur l’amour, la question a été exploré à fond dans les romans, les films, les chansons mais jamais cette question: qu’est-ce que l’Argent?

La théorie de l’argent n’a jamais inspiré de films à grand succès et cela n’a rien d’étonnant car elle n’est pas non plus enseignée à l’école.

D’où vient l’Argent?

Le lieu commun est de s’imaginer une imprimerie qui va sortir des billets ou bien la fabrique de pièces. On croit d’ailleurs que c’est le Gouvernement qui crée l’Argent. C’est vrai, mais en seulement en partie.

Ces symboles en papier et en métal que nous appelons Argent sont en fait fabriqués par une agence fédérale, la monnaie, mais la plus grosse quantité d’argent en circulation n’est pas fabriquée par la monnaie. Tous les jours, des montants colossaux d’Argent sont créés par des entreprises privées, par les banques.

Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit résiste à y croire”

John Kenneth Galbraith (économiste) – (1908 – 2006)

On croit souvent que les banques prêtent l’Argent que les déposants leurs ont confiés. Il n’en ai rien. En fait, les banques créent l’Argent qu’elles prêtent et pas à partir de leurs bénéfices, ni à partir de l’Argent déposé, mais directement à partir des promesses de remboursement faites par les emprunteurs. La signature d’un emprunteur l’engage à payer le montant de son emprunt plus des intérêts, sinon il perd la maison, la voiture ou tout autre bien qu’il a acheté. C’est une très lourde obligation pour l’emprunteur.

Chaque fois qu’une banque accorde un prêt, un nouveau crédit bancaire est créé. Ce sont de nouveaux dépôts, de l’argent entièrement nouveau” 

Graham F. Towers (directeur de la banque du Canada) – (1934 – 1954)

En contre-partie, que fait la banque? Elle crée le prêt par un tour de passe passe en l’inscrivant aux comptes de l’emprunteur. C’est exagéré ou impossible non? Mais si, c’est un vrai miracle bancaire qui se produit.

La fable bien réelle de l’orfèvre devenu banquier

Au fil de l’histoire, l’Argent a pris bien des formes. Il fallait simplement qu’il soit portable et qu’un nombre suffisant de gens soient confiant pour pouvoir l’échanger contre des choses de valeurs bien réelles, comme de la nourriture, des vêtements ou une maison. L’argent a pris la forme de fèves de cacao, de coquillages, de pierres, et même de plumes.

L’or et l’argent étaient des métaux attrayants, faciles à travailler. Certaines cultures sont devenues expertes dans ce travail. En frappant des pièces de monnaies, unités standards dont le poids et la pureté étaient certifiés, les orfèvres ont facilité le commerce.

Les débuts de l’épargne

Pour protéger tout son or, l’orfèvre a eu besoin d’une chambre forte. Les villageois sont venus frapper à sa porte, ils voulaient louer un peu de place dans cette chambre forte pour garder leur or et leurs objets de valeur, bien en sécurité. L’orfèvre a fini par louer tout son espace. La location lui a rapporté un petit bénéfice.

Les années sont passées, et l’orfèvre a constaté une chose très intéressante: les déposants ne venaient que très rarement chercher leurs pièces d’or et ne venaient jamais en même temps. Les reçus faits par l’orfèvre, s’échangeaient sur les marchés comme s’ils étaient véritablement l’or qu’il représentait. Cet Argent papier était bien plus pratique que les lourdes pièces et les montants pouvaient être tout simplement écrits au lieu d’être comptés laborieusement.

Les débuts du crédit

Entre temps, l’orfèvre a commencé une autre affaire. Il s’est mis à prêter son or en demandant des intérêts. Comme les reçus devenaient de plus en plus acceptés comme titre de paiement, les gens ont demandé que leurs emprunts soient matérialisés sous cette forme papier. Et comme l’industrie prenait de l’expansion, de plus en plus de gens ont demandé des prêts à l’orfèvre.

Les débuts d’une arnaque

Alors l’orfèvre a eu une idée bien plus géniale encore. Il savait que ses déposants venaient rarement chercher leurs pièces d’or. Il a donc pensé qu’il pouvait faire des prêts couverts par l’or de ses déposants. Aussi longtemps que les emprunts seront remboursés, les déposants n’en sauraient rien, et l’orfèvre, maintenant plus banquier qu’artisan, ferait de gros bénéfices.

Pendant des années, en secret, l’orfèvre a tiré de bons revenus des intérêts sur le dépôt de ses clients. Maintenant gros prêteur, il devenait sans cesse plus rire et il commençait à étaler ses richesses. Les gens ont commencé à le soupçonner de dépenser l’argent de ses déposants. Ensemble, ils l’ont menacé de retirer tout leur or si l’orfèvre ne s’expliquait pas sur sa richesse si soudaine.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire la situation n’a pas tourné au désastre pour l’orfèvre. Malgré sa duplicité, il a pu montrer aux déposants que l’or était toujours là en sécurité, dans la chambre forte. mais au lieu de reprendre leur or, les déposants ont demandé à l’orfèvre, devenu leur banquier, de leur verser une partie des intérêts. C’est ainsi que les banques sont nées.

Le banquier payait un taux d’intérêt bas sur les dépôts, et il faisait payer un intérêt plus élevé sur les prêts. La différence couvrait les frais de fonctionnement et ses bénéfices. La logique du système était simple comme bonjour et semblait être un moyen raisonnable de satisfaire la demande de crédits, mais les banques ne fonctionnent plus du tout comme çà.

L’orfèvre banquier n’était pas du tout satisfait du revenu qui restait après le partage des bénéfices avec ses déposants. La demande de crédits a augmenté rapidement, mais ces prêts restaient limités par rapport au montant de l’or dans la chambre forte. Alors une idée plus géniale encore lui ait venu à l’esprit.

Puisqu’il était le seul à savoir combien d’or il y avait dans la chambre forte, il pourrait prêter des chèques garantis par de l’or qui n’existait même pas. Aussi longtemps que les déposants ne viendraient pas tous en même temps réclamer leur or, personne ne le saurait.

Ce nouvel arrangement fonctionnait à merveille et le banquier est devenu immensément riche avec les intérêts payés sur de l’or inexistant. L’idée que le banquier puisse créer de l’argent à partir de rien était trop outrageuse. Longtemps, personne n’a rien soupçonné. Mais le pouvoir d’inventer de l’argent est monté à la tête du banquier. Bientôt, l’importance des prêts et l’opulence du banquier ont déclenché de nouveaux soupçons.

Certains emprunteurs ont demandé de l’or véritable plutôt que des chèques et les rumeurs ont monté. Plusieurs déposants fortunés sont venus réclamer leur or. La fin du jeu était proche. Une foule de gens brandissant des chèques se sont rassemblés devant les portes closes du banquier. Hélas, le banquier n’avait pas assez d’or pour couvrir tout l’argent papier qu’il avait émis. Pour la première fois, il y avait une ruée sur la banque et c’est un phénomène qui épouvante tous les banquiers. 

L’arnaque s’organise

Ce phénomène de retrait massif a ruiné des banques individuelles et a endommagé la confiance du public envers les banquiers. Il aurait été simple alors d’interdire cette pratique de créer de l’Argent à partir de rien. Mais les immenses crédits offerts par les banquiers étaient devenus essentiels à l’expansion du commerce européen. La pratique a donc été légalisée et réglementée. Les banquiers ont accepté de respecter des limites sur les montants d’argent fictif qu’ils pouvaient prêter, mais ces montants restaient bien supérieurs à la valeur réelle de l’or déposé dans la chambre forte. Bientôt, le taux était de 9$ fictifs pour 1$ d’or.

“Donnez-moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois.”

Mayer Anselm Rotschild (fondateur de la dynastie banquière des Rothschild ) – (1744 – 1812)

Des inspections surprises permettaient de faire respecter ces réglementations. Un arrangement a aussi été conclu. En cas de ruée sur une banque, les banques centrales soutiendraient les banques locales en leurs prêtant de l’or. La bulle du crédit créée par les banquiers ne pourrait pas crever et le système ne pourrait pas s’effondrer, sauf s’il y avait beaucoup de ruées sur les banques en même temps.

Cliquez ici pour lire la suite : Qu’est-ce que l’Argent? Partie 2 : Le système monétaire contemporain

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